Du 1ᵉʳ au 9 février 2025, la ville historique de Richard-Toll a accueilli la deuxième édition de la Foire Agricole du Baron Roger, un rendez-vous incontournable pour les acteurs du monde rural. Cette foire, qui a mis en lumière les difficultés et opportunités du secteur agricole, a vu la participation active de l’ISRA à travers plusieurs de ses centres : le CERAAS, le LNERV, le CRA de Saint-Louis, le CDH et le CRZ de Dahra. Les chercheurs de l’institut ont contribué aux débats à travers des panels et des échanges avec les professionnels du secteur.

Un peu d’histoire : le nom Richard-Toll trouve son origine dans l’histoire coloniale du Sénégal et est intimement lié à deux figures marquantes : Jacques François Roger et Jean Michel Claude Richard.

Jacques François Roger, gouverneur du Sénégal de 1822 à 1827, avait pour ambition de développer l’agriculture dans la région du Walo. C’est dans ce cadre qu’il fit venir Jean Michel Claude Richard, un botaniste français du XIXᵉ siècle, afin d’introduire de nouvelles cultures et expérimenter des techniques agricoles. Sous son impulsion, les premiers essais agricoles furent menés, notamment avec la canne à sucre et l’arachide.

Les habitants, observant ces vastes plantations sous la surveillance de Richard, commencèrent à les appeler « Toolu Richard » , en wolof, ce qui signifie « les champs de Richard ». Avec le temps, cette appellation a évolué pour donner le nom Richard-Toll, qui perdure encore aujourd’hui.

Cette ville emblématique du Walo porte ainsi un riche patrimoine agricole, témoin des premières expérimentations qui ont façonné son identité et continue d’inspirer les acteurs du développement rural.

Dans cet esprit, l’édition 2025 de la foire a mis l’accent sur la réhabilitation du patrimoine agricole, notamment à travers La Folie du Baron Roger, un ancien bâtiment emblématique.

Amadou Moustapha Lo, agriculteur et organisateur de la foire, a rappelé l’importance historique de ce site :

« Le parc de la Folie du Baron Roger est le premier jardin expérimental d’Afrique noire. C’est ici que tout a commencé en matière de colonisation agricole et d’introduction de nouvelles cultures. Ce lieu symbolique mérite d’être préservé et revitalisé dans une démarche de continuité historique. »

Dr Ndjido Kane, directeur du CERAAS, a abondé dans le même sens en soulignant la nécessité de redonner vie à ce site stratégique :

« Aujourd’hui, nous devons être optimistes. Sa réhabilitation est possible, mais elle nécessite une réflexion approfondie et des initiatives concrètes afin qu’il puisse retrouver sa mission première : accompagner et dynamiser l’agriculture dans cette région. »

Au cours de cette foire, divers sujets ont été abordés, notamment l’amélioration génétique animale, la gestion de la fertilité des sols, la tenure foncière en zone irriguée et l’introduction de nouvelles cultures.

En parallèle, l’ISRA a tenu un stand mettant en avant plusieurs innovations et solutions adaptées aux réalités locales, offrant ainsi un espace d’échange direct avec les agriculteurs et les décideurs.

 Amadou Moustapha Lô s’est d’ailleurs dit satisfait du niveau scientifique des échanges et des recommandations issues des différents panels. Il a appelé la communauté à l’union et à l’organisation pour concrétiser ces avancées et a lancé un appel à l’État pour la réhabilitation du site, qui accueille quotidiennement de nombreux touristes.

Alors que la foire s’est achevée, l’optimisme demeure quant à l’avenir de l’agriculture dans la Vallée du Fleuve Sénégal et l’ISRA, en tant que pilier de la recherche agricole au Sénégal, compte bien jouer sa partition.

A.B.S.Diouf