Au cours des dix dernières années, l’ISRA a marqué sa présence sur le plan national et international par la mise au point ou l’amélioration de plusieurs technologies utilisables par les populations. Ces résultats de recherches ont permis de fournir des informations précises, améliorant la prise de décision.

(ii) Dans le domaine des recherches en productions végétales

Les recherches ont permis de maîtriser la multiplication in vitro et d’améliorer sensiblement la productivité de spéculations à haute valeur ajoutée, mais aussi à forte valeur nutritive dont le manioc, la patate douce dont celle à chair oranger recommandée pour la supplémentation des nourrissons et femmes enceintes, l’ananas (variété Cayenne Lisse) et la banane (variétés Grande naine, Robusta, Williams et Poyo). De même, les travaux sur la fertilité des sols, problème épineux pour l’agriculture sénégalaise ont donné des résultats satisfaisants, aboutissant à la mise au point d’un kit de diagnostic de la fertilité. La mise à jour des doses d’engrais est assez avancée pour une très grande partie des zones agro-écologiques du pays.

La recherche variétale tenant compte des contraintes biotiques et abiotiques est également riche de plusieurs résultats diffusables. De nombreux cultivars de maïs, de mil, de sorgho bio fortifié, de fonio, de riz NERICA de plateau et de bas-fond, de légumes (tomate, oignon, patate douce, haricot vert) adaptés à la Vallée du Fleuve Sénégal sont disponibles et accessibles. D’importantes avancées sont notées dans la mise au point de nouvelles variétés de sorgho (Darou, Faourou, Nguinthe, Nganda, Gologé et Payenne), de niébé (Pakau, Lisard, Léona, Thieye, Kelle et Sam) et d’arachide (Essamaye, Amoul morom, Yakaar, Taaru, Rafet Kaar, Tosset, Sunu gaal et Jambaar). La plupart de ces variétés ayant un cycle adapté aux conditions climatiques actuelles et une résistance aux nuisibles ont déjà fait l’objet d’homologation. Pour chacune de ces cultures, des itinéraires techniques et des calendriers culturaux sont bien définis pour accompagner les utilisateurs, ainsi que de nombreuses séances de formation au bénéfice des producteurs.

La liste des insectes (nuisibles ou utiles) dans les principaux agrosystèmes est mise à jour, une technique de lutte contre la chenille mineuse de l’épi du mil (Heliocheilus albipunctella) est mise au point et deux nouvelles méthodes de lutte contre Striga hermonthica ont été transférées en milieu paysan ; ceci a fortement contribué à la réduction des dégâts et à l’amélioration des rendements sur le mil en particulier et les céréales sèches en général.

(ii) Dans le domaine des recherches sur la santé et les productions animales

Il faut noter que le Laboratoire National d’Élevage et de Recherches Vétérinaires (LNERV) est un laboratoire de référence de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation Internationale de Épizooties dite organisation mondiale de la santé animale (OIE- OMSA). Ses travaux ont permis de confirmer la réémergence au Sénégal de la PPCB après plusieurs années de silence épidémique, accentuant ainsi les recherches sur cette maladie.

Un essai vaccinal contre la fièvre de la vallée du Rift, avec la clone 13 a été finalisé et a permis de confirmer avec précision l’immunogénéicité du vaccin clone 13 sur des petits ruminants du Nord du pays, son innocuité chez les femelles et son efficacité après le challenge naturel. Aussi, l’essai vaccinal du VICH est-il certifié et validé. De même, la validation pour l’utilisation à grande échelle du vaccin I2 contre la maladie de Newcastle de la volaille est acquise. Ce vaccin a été amélioré pour faciliter son utilisation sur le terrain. Par ailleurs, la production d’un vaccin bivalent contre la maladie de Newcastle et la variole aviaire est en phase de finalisation. Des résultats préliminaires sont engrangés dans le processus de développement de vaccin contre la cowdriose.

La lutte contre l’infestation glossinaire constitue également un acquis majeur. Plusieurs recherches ont été conduites dans les principaux foyers (Casamance naturelle, Haute Casamance et Sénégal oriental, Niayes). Dans la zone des Niayes, la technique de lâcher de mouches mâles stériles a permis d’éradiquer la trypanosomiase dans cet espace. Depuis une décennie, l’épidémio-surveillance et la lutte contre les principales maladies animales, les maladies transfrontalières et émergentes sont fortement améliorées. Des cartes épidémiologiques, des modèles de prédiction, l’identification de nouvelles souches circulantes de pathogènes, de vecteurs potentiels et des facteurs de risques sont régulièrement réalisés.

Les recherches en alimentation et nutrition animales ont abouti à la mise au point de rations alimentaires équilibrées à partir des résidus de récolte et des sous-produits agro-industriels pour les productions de viande et de lait. Une table de valeurs alimentaires a été élaborée pour guider l’intensification des productions animales. Une collection de semences fourragères est disponible et la une modélisation d’étables fumières/laitières permettant l’amélioration du fumier, de la production laitière et l’utilisation des résidus de récolte a été réalisée.

(iii) Dans le domaine des recherches sur les productions forestières

Des acquis importants ont été obtenus dans la connaissance des espèces forestières les plus performantes pour les opérations de reboisement dans les différentes zones agro-écologiques du pays. Par ailleurs, sur la gestion des terres, les principaux résultats sont la réhabilitation des terres dégradées par la salinisation et l’érosion hydrique et éolienne par des méthodes mécaniques, agronomiques et biologiques et/ou leur combinaison. Une réduction de 20% des phénomènes d’érosion hydrique a été notée au niveau des zones protégées. Les technologies développées dans l’agrobiodiversité consistent à la mise en place de bandes boisées d’espèces halophiles dans les zones de bordures de tannes marquées par de fortes teneurs en sel, l’installation de diguettes et haies vives isohypses d’espèces halotolérantes en association avec les cultures céréalières dans les tannes herbeuses et arbustives. Ces technologies, combinées aux travaux réalisés dans les recherches en micro-biologie végétale, ont permis de récupérer d’importantes étendues de terres dans les régions du bassin arachidier affectées par la remontée de la langue salée.

Les itinéraires techniques de production de plants sont maîtrisés de la pépinière à l’installation dans les différentes zones écologiques (types de semis, période de semis, nature des substrats, mode de conduite, lutte phytosanitaire…). Les techniques de plantation et de gestion sylvicole des peuplements sont aussi maîtrisées (préparation du sol, période et densités de plantation, âge d’exploitation et production ligneuse).

La recherche forestière a pu également améliorer le matériel végétal de plusieurs espèces en raccourcissant leur cycle de production (Adansonia digitata, Ziziphus mauritiana, Detarium senegalense…) et faciliter ainsi la domestication des fruitiers forestiers. Ces résultats sont transférés aux utilisateurs dont les Eaux et Forêts, les organisations des producteurs et autres ONG notamment sur les techniques de greffage horticole.

Dans les techniques de régénération naturelle (RNA) assistée, les densités minimales de plusieurs espèces sont connues. Elles varient de 25 à 400 pieds à l’hectare en fonction des espèces ligneuses et de leur état phénologique.

(iv) Dans le domaine des recherches sur les productions halieutiques et aquacoles

Des données précises sont mises à la disposition des décideurs et des acteurs de la pêche par la

recherche. Ces informations concernent la pêche artisanale, la pêche chalutière thonière, la pêche chalutière sardinière, l’activité des bateaux pélagiques étrangers, la situation des stocks de petits pélagiques, l’importance de la production de la pêche en provenance des pays limitrophes (Guinée Conakry, Guinée Bissau, Gambie et Mauritanie) et débarquée au Sénégal, l’état de connaissances scientifiques sur les stocks de démersaux et de pélagiques côtiers exploités et sur leurs habitats le long des côtes sénégalaises et de l’hydroclimat du Sénégal. Ces informations ont permis de faciliter la prise de décision au ministère en charge de la Pêche. Les recherches ont également permis d’identifier des zones potentielles pouvant abriter des Zones de Pêche Protégée (ZPP) et des récifs artificiels au niveau de la région naturelle du Cap-Vert et sur la Petite Côte.

Le Centre de Recherches Océanographiques Dakar Thiaroye (CRODT) a réalisé une évaluation directe de l’environnement hydroacoustique des stocks de petits pélagiques en collaboration avec l’Institut Atlantique de Recherches Scientifiques en matière des Pêches et de l’Océanographie de la Fédération de Russie (FGUP « Atlantida »). Ce travail a permis l’estimation de la biomasse totale des petits pélagiques sur le plateau continental sénégalais et de caractériser l’environnement hydroacoustique des petits pélagiques le long des côtes du Sénégal (température, salinité, oxygène, ichtyo, zoo et phytoplancton).

D’importantes avancées ont été également notées dans la connaissance des aires marines protégées (AMP). Ces espaces et outils de gestion des ressources halieutiques ont été caractérisés, leur fonctionnement analysé, la gouvernance passée en revue. Ils s’avèrent d’excellents outils de gestion des ressources halieutiques reconnus de tous les acteurs. Des indicateurs simplifiés de suivi des AMP sont disponibles.

Les travaux de recherche de l’ISRA ont pu également définir les modèles de croissance de certaines espèces en définissant la relation entre certains paramètres morphologiques du poisson. Il s’agit notamment de la relation entre le rapport taille/poids et longueur de l’otolithe ; de la relation longueur/largeur des otolithes. Les résultats sont intéressants et permettent de dégager des caractéristiques normatives utiles comme outils d’aide à la décision dans la gestion de nos pêcheries, notamment dans la négociation des accords de pêche avec l’UE.

(v) Les recherches en économie rurale et sciences sociales se focalisent sur :

– le développement de méthodes pour l’analyse des acteurs, des réseaux et des structures qui permettront d’informer les processus participatifs ;

– le développement de méthodes d’évaluation innovantes pour analyser dans quelle mesure les changements dans les politiques actuelles existantes et les investissements conduiraient à de meilleurs résultats (« écarts de performance politique ») ;

– l’identification d’une part des facteurs déterminant les processus de politiques agricoles et donc conduisant à des écarts de performance, d’autre part, l’identification des types de réformes institutionnelles et de politique d’apprentissage qui peuvent conduire à accroître l’efficacité et les politiques agricoles pro-pauvres ;

– le développement d’outils que les décideurs, les analystes politiques et les autres parties prenantes peuvent utiliser pour identifier et évaluer différents scénarios de politiques à la fois en termes de leurs implications économiques et sur la pauvreté mais aussi en termes de leur faisabilité et les obstacles à leur implémentation ;

– l’identification des investissements prioritaires et les adaptations nécessaires pour améliorer la résilience de l’agriculture sénégalaise ;

– le renforcement de capacité des décideurs locaux pour évaluer le risque climatique et la conception des stratégies appropriées pour atténuer les impacts ;

–le développement d’outils nécessaires pour les populations leur permettant d’évaluer la vulnérabilité et les inévitables compromis auxquels elles seront confrontées au moment d’investir ou d’allouer les ressources qui sont limitées.

Ces recherches ont permis de fournir des données importantes sur le fonctionnement et la dynamique des exploitations agricoles familiales, la professionnalisation des marchés et la régulation des filières, la gestion et la gouvernance des ressources naturelles et les impacts des innovations technologiques.

Pour l’ensemble des zones agro-écologiques du pays, les exploitations agricoles familiales ont fait l’objet d’une caractérisation et d’une typologie. Cela confère au Bureau d’Analyses Macro-économiques (BAME) d’importantes bases de données sur l’ensemble des zones agro-écologiques. L’analyse de la compétitivité des filières céréalières sèches (mil, sorgho, maïs, fonio) et du riz des différentes zones de production et systèmes de culture dans les zones agro-écologiques du Bassin arachidier, de la Casamance naturelle, du Sénégal oriental et de la Vallée du Fleuve Sénégal est réalisée avec une application de la matrice d’analyse des politiques. Ce travail a permis de déterminer les facteurs d’amélioration de la compétitivité des filières. La modélisation sous GAMS et la réalisation de matrices de comptabilité sociale ont aussi permis de proposer des scénarii de croissance pour certaines filières et d’analyser la pauvreté des ménages agricoles sénégalais. Une importante base documentaire sur l’économie du riz (compétitivité, efficacité technico-économique, impact, adoption…) est disponible et accessible au Centre de recherche agricole de Saint-Louis.

L’analyse économique des technologies et politiques visant à réduire la vulnérabilité et renforcer la résilience au Sénégal a été réalisée et a permis d’évaluer les potentiels impacts socio-économiques des changements climatiques au Sénégal ainsi que des options d’adaptations pour l’exploitation agricole qui peuvent améliorer la résilience de l’agriculture de façon générale. Une vue détaillée de la vulnérabilité actuelle des cultures majeures face aux chocs climatiques dans les différentes régions du Sénégal où les impacts son déjà perceptibles (sécheresse, inondations périodiques) est obtenue grâce au modèle « Trade-off analysis » (TOA) conçu pour examiner les implications socio-économiques de l’adoption des technologies dans les cultures, les changements dans les pratiques culturales, mais aussi les impacts des changements climatiques et des options d’adaptations par la mise en relation de plusieurs sphères biophysiques, socioéconomiques, agronomiques et géographique.

La connaissance du fonctionnement des communautés pastorales et des outils d’aide à la décision pour la gestion de l’espace pastoral et agropastoral est largement documentée dans les sciences sociales à l’ISRA. L’analyse des implications sur la mobilité du bétail le long des parcours, les activités autour des forages, les territoires laitiers, les questions relatives au foncier agricole et pastoral sont bien abordées par les travaux de l’ISRA.

Les activités de recherche en sciences sociales ont été, au cours des dix dernières années très connectées à la recherche-développement pour un meilleur accompagnement des acteurs. Cela a permis de jouer un rôle majeur dans :

i) la professionnalisation des acteurs des filières avec les travaux sur les interprofessions agricoles ayant abouti à la rédaction du décret sur les interprofessions ;

ii) la mise en place et l’animation de plateformes d’innovation multi acteurs ;

iii) l’accompagnement des organisations professionnelles pour affiner leurs stratégies.

Les dix dernières années ont été également marquées par le développement de thématiques transversales qui impliquent plusieurs centres de recherche. Ces thématiques sont majoritairement centrés sur les changements climatiques, les ressources génétiques, la matière organique. À titre d’exemple, sur les changements climatiques, les travaux de recherche ont abordé les risques et les stratégies de résilience développées par les paysans, pasteurs, pêcheurs. Ces travaux sont menés dans tous les centres et laboratoires de l’ISRA, mobilisant différents outils allant de la modélisation à la télédétection, passant par l’analyse de vulnérabilité. Les résultats montrent le rôle précurseur de l’Institut dans la mise à la disposition des acteurs de moyens et de techniques de mitigation des effets pervers des changements climatiques. Les moyens et innovations techniques ainsi mobilisés ont permis d’améliorer sensiblement la production et la productivité, ce qui contribue à consolider la sécurité alimentaire des ménages les plus modestes.

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