Les 21 et 22 mars 2023, le projet Santés-Territoires a procédé au lancement officiel du living lab ou “kourel” de Keur Momar Sarr au Sénégal. Suite au pré-diagnostic et diagnostic dans cette localité, ce fut le moment de lancer avec les acteurs ledit kourel tout en échangeant sur les problématiques de cette zone à haut potentiel agroécologique.

Dans la perspective de renforcer l’appropriation et la bonne prise en charge des différents enjeux de santé à l’échelle du territoire de Keur Momar Sarr, des experts de l’Isra, du Cirad, de la Saed, et de l’Ugb ont élaboré autour du projet Santés-Territoires un cadre de concertation multi acteurs autour des différents problèmes de santé. Pour une première, les membres du Kourel ont été sensibilisés sur les grandes lignes du projet, les résultats saillants du pré diagnostic et les enjeux autour de l’animation du “kourel”. C’est ainsi que les différents acteurs ont été par la suite réunis en focus groups autour de cinq thématiques que sont : la santé animale, végétale, halieutique, humaine et les rapports conflictuels entre acteurs du secteur de l’élevage et de l’agriculture.

  Pour la santé animale, les acteurs ont désigné le “walo” ou douve du foie comme étant le fléau le plus handicapant dans le secteur de l’élevage. Cela a été prouvé par les différents acteurs représentés dont les éleveurs, les services techniques vétérinaires, les auxiliaires d’élevage, la collectivité territoriale, les partenaires (ONG, projet …), les organisations d’éleveurs (DIRFEL, MDE …), les agriculteurs, associations de jeunes, West Africa Farm, SEPAM, Ferme Teranga.

La dynamique favorisant le “walo” demeure la prolifération du typha dans le lac, principale ressource de la localité. Toutefois, certaines initiatives sont en train d’être prises dont l’offre vétérinaire à travers l’octroi de médicament, la mise en place de parc de vaccination, la disponibilité de l’aliment de bétail et à l’accès à l’eau potable. Cette approche plurielle pourrait entraîner une tendance à la baisse.

Néanmoins, les acteurs ont fortement exprimé leur besoin de rendre plus disponible et accessible l’eau potable et l’aliment de bétail. Dans le même sillage, les acteurs souhaitent un renforcement de capacités de leur personnel de santé et des moyens pour l’éducation, la formation et la sensibilisation des populations.

Pour la santé humaine, les participants ont fait mention de la Bilharziose qui est la principale problématique de santé publique dans cette localité’ « axe du mal » est toujours le lac de Guiers, leur principale ressource.

Néanmoins, ils affirment avoir tiré des enseignements grâce à une meilleure connaissance de la maladie et se sont engagés dans une détermination sans faille à un changement de comportement pour réduire l’impact de la maladie sur la santé humaine.

Concernant la santé halieutique, les pêcheurs et pisciculteurs ont insisté sur le Typha comme principal élément nocif de leur activité à cause de ses effets sur leurs matériels de pêche mais surtout l’accessibilité à l’eau. Toutefois, à côté des aspects négatifs, le Typha, grâce à son rôle d’habitat, favorise la reproduction des poissons.

Pour les acteurs de la pêche de Keur Momar Sarr, les actions à mener consistent à sensibiliser sur l’importance du lac et la nécessité de sa préservation tout en insistant sur l’accompagnement et la promotion de la pisciculture. Heureusement, les acteurs ont une meilleure compréhension sur les interactions entre le lac, la pêche et les différentes santés.

Pour la santé végétale, le sujet principal a concerné le mauvais usage des pesticides. Ainsi, les acteurs se sont questionnés sur l’utilisation des produits phytosanitaires, leurs circuits d’approvisionnement et leurs méthodes d’utilisation. Suite à ce diagnostic, les acteurs autour de la santé végétale ont confirmé les interactions entre les pesticides, les végétaux et les santés humaine et animale.

Pour y remédier, ils prévoient de mettre en place des dynamiques organisationnelles qui favorisent des synergies d’action entre producteurs qui consistent à s’approvisionner auprès des structures agrées et à développer l’usage, des biopesticides comme alternative. Aussi, d’autres pistes ont été listées comme l’adoption de bonnes pratiques agricoles avec par exemple la rotation et l’association culturales. C’est également la nécessité absolue de procéder à l’usage d’équipements de protection individuels (EPI) pour mieux enclencher une dynamique de prévention.

L’autre point abordé lors du lancement du forum de Keur Momar Sarr a concerné les conflits entre éleveurs et agriculteurs. En effet, la divagation, surtout des petits ruminants dont principalement les chèvres, serait à l’origine de ces conflits.

En conclave pendant deux jours, les acteurs autour de la gestion et de l’aménagement du foncier local de Keur Momar Sarr se sont concertés et indiquent des pistes d’actions pouvant devenir des solutions viables et durables, surtout en termes d’accès. D’autres idées ont émergé durant les discussions comme la clôture potentielle des champs dont les modalités restent à être définies.

Il s’agit aussi de mettre en place un cadre de concertation pour mieux favoriser la promotion de la culture fourragère et l’aménagement des zones d’abreuvage dans le contexte de changement climatique. Dans ce même ordre d’idée, ils proposent de réfléchir sur un schéma de contrats entre agriculteurs et éleveurs pour des échanges de fumiers et de résidus de culture.

Au sortir de ses deux jours de lancement du kourel de Keur Momar Sarr, dans le cadre du projet Santé et Territoires, il est ressorti une objectivité réelle dans les discours et une prise de conscience sur les enjeux d’être autour d’un cadre de dialogue multi acteur autonome. Cela témoigne du bien accueil du projet dans cette zone fortement impactée par le lac de Guiers et ses diverses interactions.


A propos du projet Santés- Territoires :

Le projet Santés & Territoires postule que l’état de santé d’un territoire donné, voulu par les acteurs, peut être mobilisé en tant que “Commun” pour définir les actions à mener dans le cadre de la transition agroécologique.

En associant le cadre « One Health » au cadre de la transition agroécologique, il sera possible de définir et d’améliorer la santé globale à l’échelle d’un territoire pour contribuer à la mise en place d’agrosystèmes durables.

“Santé & Territoires” vise à concevoir, tester et évaluer une démarche participative et inclusive innovante pour accompagner la transition agroécologique. L’ambition est d’améliorer conjointement la santé des humains, des systèmes de production agricole et de l’environnement, puis d’impacter positivement et durablement les moyens d’existence des populations sur des territoires donnés. Ce faisant, le projet révolutionne les approches intégrées de la santé en intégrant les enjeux de la transition agroécologique au Sénégal, au Bénin, au Laos et au Cambodge.

En savoir plus : https://www.santes-territoires.org