Premier bassin de production de mangues au Sénégal, la zone des Niayes fait aujourd’hui face à une accumulation de contraintes : vieillissement des vergers, baisse de la fertilité des sols, résistance des ravageurs aux pesticides chimiques, propagation de la mouche des fruits, entre autres. Pour y faire face, le projet « Jaww Ji Mango Niayes » mise sur des solutions locales, accessibles et respectueuses de l’environnement.
Du 21 au 24 juillet 2026, quarante producteurs de l’Association des Unions Maraîchères des Niayes (AUMN), ont participé à un atelier pratique de démonstration consacré à la fabrication et à l’utilisation des biofertilisants et des biopesticides.
Organisée dans les vergers pilotes des villages de Diop Sao dans la commune de Notto Gouye Diama, cette formation reposait sur l’approche « Champs-Ecoles », une méthode d’apprentissage participative qui permet aux producteurs d’observer, d’expérimenter et de maîtriser directement sur le terrain des techniques innovantes.
Au cours de cette session, les participants ont été initiés à plusieurs techniques agroécologiques visant à améliorer durablement les productions horticoles. Ils ont notamment appris à fabriquer le Bokashi, un engrais organique solide, le Supermagro, un fertilisant liquide, ainsi que des biopesticides naturels. La formation a également porté sur les méthodes agroécologiques de lutte contre la mouche des fruits. Les modules consacrés au Bokashi et au Supermagro ainsi que ceux relatifs à la fabrication de biopesticides naturels et aux stratégies de lutte agroécologique contre la mouche des fruits à savoir le ramassage et destruction des fruits infestés et la fabrication et installation de pièges attractifs artisanaux, ont été animés par l’équipe du CDH (Dr Jeanne Diatta, Ibrahima Diallo et Anna Dabo) avec l’appui de M. Saliou Ndiaye, de l’ANCAR.. L’enthousiasme des bénéficiaires témoigne de l’importance de l’accompagnement du projet. Comme l’illustre le témoignage de M Sina Diouf, producteur au village de Bale Diop, cet appui leur a permis d’atteindre des performances inédites et de transformer leurs revenus en investissements utiles pour leurs familles. Selon M. Diouf, l’accompagnement du projet a profondément transformé leurs pratiques culturales et les résultats de leurs exploitations. « En appliquant les techniques apprises, j’ai réalisé une récolte record cette année comme je n’en ai jamais obtenu. La commercialisation de ma production m’a permis de générer près de huit millions de Francs CFA de revenus, contre un peu plus de deux millions de Francs FCFA l’année dernière », affirme-t-il. Ces revenus lui ont permis d’acquérir un nouveau véhicule, de couvrir les besoins de son ménage pour une année entière, de constituer une épargne pour faire face aux imprévus et de réserver une partie des bénéfices au financement de la scolarité de ses enfants.
Le cas de M. Diouf n’est pas isolé. Dans le village de Diop Sao, Mme Mbène Diop et son mari constatent eux aussi une transformation spectaculaire de leur verger. En plusieurs années d’exploitation, leur plantation n’avait jamais atteint un tel niveau de production de mangues. Pour ce couple, cette récolte exceptionnelle ne représente pas seulement une réussite agricole, elle a profondément amélioré leur quotidien et renforcé leur sécurité économique.
« Nos récoltes, autrefois modestes et irrégulières, sont aujourd’hui abondantes. Elles nous permettent de vendre davantage et de générer des revenus inédits. Cette hausse de la production a eu un impact concret sur nos conditions de vie. Les revenus supplémentaires nous permettent de mieux couvrir les dépenses du foyer, d’investir dans notre exploitation », soutient Mme Mbène Diop.
Pour Dr Diatta Marone, chercheur au Centre National de Recherches Forestières (CNRF) de l’ISRA, par ailleurs coordonnateur du projet, la promotion des pratiques agroécologiques constitue aujourd’hui un levier incontournable pour sécuriser la production durable de mangues face aux changements climatiques. Par ailleurs, ce projet répond à un besoin de professionnalisation de la filière mangue. Selon lui, le renforcement des capacités des producteurs à travers des formations sur les bonnes pratiques de production, de récolte et de gestion des vergers constitue un levier essentiel pour améliorer durablement les rendements, la qualité des fruits et les revenus des exploitants.
Selon Dr Jeanne Diatta, chercheure au Centre de Développement Horticole (CDH) de l’ISRA, coordonnatrice des activités scientifiques du projet, la diffusion des techniques modernes de production est indispensable pour permettre aux producteurs de relever les défis liés à la productivité, à la qualité et à la résilience aux changements climatiques. Elle rappelle que les formations dispensées s’appuient sur des connaissances scientifiques adaptées aux réalités locales, afin de favoriser l’adoption de pratiques agricoles plus performantes et durables.
Les résultats enregistrés par les producteurs démontrent toute la pertinence de cette approche inclusive.
Financé par le Programme Canadien de Coopération Climatique Internationale (PCCI Canada), le projet « Jaww Ji Mango Niayes » est coordonné par « Développement International Desjardins » (DID) et mis en œuvre depuis trois ans par un consortium réunissant l’ISRA, l’Université de Laval, l’Université Alioune Diop de Bambey (UADB) et l’AUMN.
I.Diaw





