Daga Birame, petite localité nichée dans la région de Kaffrine, est en train de devenir bien plus qu’un simple village.  Grâce à la mise en application du concept du « Village Intelligent face au Climat (VIC) » porté par l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA) et coordonné par son Centre National de Recherches Forestières (CNRF) cette localité du Bassin arachidier s’impose aujourd’hui comme un laboratoire  inspirant de la résilience climatique au Sénégal. Périmètres aménagés, productions agricoles diversifiées, innovations résilientes, le modèle attire désormais l’attention de toute la communauté locale. Elle représente aujourd’hui une solution adaptée pour l’adoption d’une agriculture intelligente face aux effets du changement climatique. Il s’agit d’un miroir d’espoir permettant de surmonter les limites d’une transformation agricole en profondeur.

Consciente de la pertinence de l’approche, l’Agence Belge de Coopération Internationale (ENABEL), a financé le projet de mise à l’échelle du « Village Intelligent face au Climat », à travers le Portefeuille Thématique Climat Sahel (PTCS), avec l’appui du Fonds National de Développement Agro-Sylvo-Pastoral (FNDASP), afin de l’essaimer dans le Bassin Arachidier. Dans cette optique, du 05 au 06 mai 2026, 156 acteurs venus de huit communes des régions de Kaolack, Fatick et Kaffrine, des techniciens, élus locaux, producteurs et organisations paysannes, ont convergé vers ce site devenu emblématique, et celui de Keur Sawely dans la commune de Ndiognick/Kaffrine, pour une visite d’échanges. Objectifs : comprendre, apprendre et surtout reproduire.

Dès les premières étapes de la visite réhaussées par la présence du sous-préfet de Mabo, le décor est planté. Dans cette vitrine impressionnante, on perçoit que l’innovation agricole n’est pas seulement un concept, c’est une réalité tangible matérialisée par des avancées majeures comme la régénération des ressources naturelles avec des mises en défens, l’amélioration des rendements agricoles, la réduction des pertes post-récolte et l’implication croissante des femmes dans les activités économiques. A cela s’ajoutent l’exploitation de périmètres maraîchers, la mise en place d’une banque céréalière, d’une unité de transformation moderne, entre autres. Autant d’activités qui impactent positivement le quotidien des populations de la zone.

Présent lors de la cérémonie officielle, le sous-préfet de l’arrondissement de Mabo a salué  la pertinence de cette approche. Il a profité de sa prise de parole pour mettre au défi les membres de cette communauté pour la préservation de la splendeur des acquis.
« Daga Birame est un exemple pour tout le pays. Ce que nous voyons ici doit inspirer les autres communes. Mais cela demande une organisation et une discipline collective. En définitive, la duplication de ce modèle exige la reconstruction de systèmes de gouvernance solides, adaptés au contexte local », a-t-il déclaré.

Pour les 40 visiteurs issus des 08 plateformes d’innovations, la leçon est claire. La visite n’a pas seulement permis de découvrir des innovations. Elle a révélé les conditions indispensables à leur durabilité. « Nous repartons avec beaucoup d’idées », confie Mme Awa Ndiaye de la commune de Ndiago dans le département de Guinguinéo.

Adama Cissé, producteur local, ne cache pas sa fierté. « Avant, nos terres étaient pauvres et les récoltes incertaines. Aujourd’hui, avec l’accompagnement de l’ISRA, les pratiques mises en place changent la manière de produire et sécurisent les rendements. Nous produisons plus et mieux. Mon jardin fruitier attire même des visiteurs », confie-t-il. 

Même constat chez les femmes résidentes impliquées dans la transformation. « Nous transformons et vendons nos produits au niveau de notre région. Cela change nos vies. Par contre, nous manquons l’agrément pour exposer et vendre hors de notre région notamment lors de certaines Foires », confient-elles.

Comme le résume sobrement le Directeur du CNRF de l’ISRA, Dr Tamsir Mbaye, ce qui fera la réussite du VIC, ce ne sont pas seulement les innovations, c’est la capacité des hommes et des femmes à travailler ensemble.

Par ailleurs, une autre réalité a émergé au cours des échanges entre producteurs, chercheurs et autorités.  Ceux-ci ont mis en lumière une certaine tension entre performance technique et cohésion sociale. « Si les innovations techniques sont bien maîtrisées, les fondations institutionnelles restent fragiles. Le fonctionnement irrégulier des instances locales et les tensions internes révèlent une faille structurelle. Une faille qui pourrait compromettre l’ambition du concept », soutient le Sous-préfet.

A la suite des visites d’échanges, une plateforme intercommunale multi-acteurs réunissant les parties prenantes des plateformes d’innovations des huit communes ciblées a été mise en place lors d’un atelier tenu le 07 mai 2026 à Kaolack. Cette instance stratégique favorisera ainsi les échanges entre acteurs locaux, partenaires techniques, institutionnels et experts pour promouvoir le partage d’expériences autourdes innovations en agriculture intelligente face au climat et le développement local durable à travers une approche participative.

I.Diaw