Situé dans le centre-ouest du Sénégal, en zone soudano-sahélienne, le village de Darou Mboss fait face depuis des années à de fortes contraintes climatiques, notamment la rareté de l’eau et la dégradation des ressources naturelles. C’est dans ce contexte difficile que le projet de « Mise à l’échelle des Villages Climato-Intelligents » (VIC), mis en œuvre par le Centre National de Recherches Forestières de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA/CNRF), avec l’appui de la Coopération Belge (ENABEL), a accompagné la mise en place de la plateforme d’innovation de Darou Mboss, aujourd’hui composée d’une quarantaine de membres engagés.
Actuellement, , cette plateforme est une réussite inspirante. Elle s’impose comme un modèle d’organisation, de résilience et d’innovation locale en milieu rural sahélien. Elle démontre qu’avec un accompagnement adapté, une forte implication communautaire et un leadership inclusif, même les zones les plus vulnérables peuvent devenir des espaces d’espoir et de transformation durable.
Au départ, l’optimisme n’était pas de mise, comme le reconnaît Mouhamadou Diop, ingénieur au CNRF. « J’avoue que nous avions des appréhensions sur les capacités de cette communauté à relever le défi. Les conditions y étaient telles que nous n’espérions pas grand-chose dans cette zone où l’eau n’est pas toujours disponible, les terres étaient dégradées », reconnaît l’Assistant technique et point focal de ISRA/CNRF au projet.
Pourtant, grâce à la détermination collective de la communauté, le rêve s’est progressivement transformé en réalité. Les innovations introduites par l’ISRA ont été rapidement adoptées et bien entretenues par les membres. Parmi elles figurent la culture du mil « Thialack 2 », du niébé fourrager, du sorgho, ainsi que l’introduction de plants fruitiers. « L’ISRA a joué un rôle clé en mettant à notre disposition des semences améliorées, de l’engrais, de l’urée, et en assurant des formations sur les itinéraires techniques et le compostage. Un technicien agricole accompagne régulièrement la plateforme pour le suivi des activités », témoigne la coordonnatrice de la plateforme d’innovation de Darou Mboss, Mme Maïmouna Fall.
Au-delà des résultats agricoles, la dynamique sociale reste au cœur du succès. Elle a été déterminante depuis sa mise en place. « Avant, nous menions des activités individuelles, mais grâce au projet, nous avons désormais des champs communautaires où nous cultivons plusieurs spéculations. Des réunions régulières ont renforcé la cohésion communautaire, favorisant la répartition des tâches, la prise de décisions collectives et la gestion concertée des champs communautaires », révèle rajoute Mme Maïmouna Fall.
Pour les populations de Darou Mboss, la plateforme d’innovation est également un levier important de changement de comportements. Les populations ont été sensibilisées au respect des itinéraires techniques, aux techniques de compostage, à la propreté de l’environnement, à la lutte contre les feux de brousse, ainsi qu’aux enjeux des changements climatiques.
L’adoption de la régénération naturelle assistée (RNA) et l’interdiction de couper les arbres ont contribué à la préservation des ressources forestières, dont les effets positifs commencent déjà à se faire sentir.
Mais si l’initiative du projet « Mise à l’échelle des Villages Climato-Intelligents » a pu atteindre des résultats aussi significatifs, c’est en grande partie grâce à l’engagement constant et volontaire des femmes. Actrices centrales du développement local, elles jouent un rôle déterminant dans l’adoption et la pérennisation des pratiques climato-intelligentes au sein des communautés.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’initiative « Une Femme, un arbre », qui vise à renforcer à la fois la résilience environnementale et l’autonomisation économique des femmes. En confiant à chaque femme un arbre fruitier, l’initiative valorise leur rôle de gardiennes des ressources naturelles tout en leur offrant une opportunité concrète de génération de revenus, d’amélioration de la sécurité alimentaire et de diversification des moyens de subsistance.
A titre illustratif, des femmes comme Bineta Sow, du village de Benetene, ont reçu depuis le mois d’octobre des citronniers et des corossoliers. Au-delà de leur dimension symbolique, ces arbres pourraient représenter de véritables leviers de transformation socioéconomique. Ils pourraient contribuer à améliorer l’alimentation les conditions de vie des ménages, en offrant tout en ouvrant des perspectives d’augmentation des revenus à travers grâce à la vente des surplus sur les marchés locaux. Par ailleurs, leur entretien renforce les compétences des femmes en agroforesterie et en gestion durable des ressources naturelles.